Une entrevue avec le Dr Jake Thiessen (deuxième partie)

Une autre caractéristique distinctive de l’école sera son jardin de plantes médicinales. Parlez-nous de ce jardin.

Dr Thiessen : « Notre établissement sera développé en plusieurs étapes. L’une des dernières, un remarquable atrium-solarium hébergera notre jardin de plantes médicinales. L’idée de ce jardin vient d’un remue-méninges qui portait sur le design du nouvel édifice avec des architectes. J’ai mentionné que plus de 50 % des médicaments modernes tiraient leur origine du monde végétal naturel et l’idée a ainsi germé. Nous nous sommes dit, pourquoi ne pas insuffler une image entièrement nouvelle à la notion de guérison pour ce site qui fut, à une époque, réservé à des entrepôts puis à des industries comme une compagnie de pneus et de caoutchouc. En plus de véhiculer une image vivante et bienfaisante, nous pouvions même envisager la culture de certaines plantes médicinales importantes. L’endroit pouvait ainsi devenir une merveilleuse façon pour les étudiants de faire directement de la recherche sur les végétaux. En outre, en la dotant des bonnes caractéristiques visuelles, elle attirerait la communauté et serait en soi un outil éducatif pour les enfants, nos futurs pharmaciens, qui souhaitent en apprendre davantage dans ce domaine. Nous estimons que dans sa conception même, ce jardin de plantes médicinales deviendra une caractéristique clé de l’école et nous en sommes enchantés. »

Pourquoi croyez-vous que le temps est venu de se doter d’une école de pharmacie comme celle-ci?

Dr Thiessen : « La pharmacie est un domaine qui fait face à une importante pénurie de personnel, même si elle continue de gagner en popularité en tant que profession. On pourrait même penser qu’elle est en passe de devenir une classe professionnelle de plus en plus distincte. De nombreuses villes et universités investissent beaucoup dans la formation en pharmacie; les médicaments représentent une portion sans cesse croissante des coûts de soins de santé au Canada, à l’heure actuelle, 17 %. Il n’y a aucun doute dans mon esprit que des pharmaciens dûment formés peuvent aider à gérer plus efficacement ces médicaments, qu’il s’agisse de contrôle de coûts, de découvertes de médicaments nouveaux ou améliorés ou simplement de mieux encadrer les patients. J’ai souvent proposé que les pharmaciens deviennent les « quarts-arrières chimistes » des soins de santé, ceux qui orchestrent et optimisent le traitement sur le terrain. Tout le monde réclame des gens qui comprennent la situation et sont prêts à prendre des décisions de nature biologique, qui connaissent le rôle des maladies, les choix des consommateurs, les médicaments, etc. Personne ne peut douter qu’il s’agit là d’un besoin réel. Aux États-Unis seulement, les problèmes posés par les médicaments – réactions indésirables, utilisation d’agents inappropriés, etc. – coûtent plus de 100 milliards de dollars par année. Ce n’est pas que les médicaments soient mauvais, c’est que nous avons besoin de gens mieux formés pour les gérer. C’est la même chose avec l’automobile : l’automobile a du bon, mais si les gens ne savent pas conduire comme il faut, des problèmes surviennent. Compte tenu du vieillissement de la population, ces médicaments deviendront toujours plus en demande à l’avenir. »

Jake Thiessen - Artist Rendering

Je vous ai déjà entendu dire que la philosophie de l’école sera une « philosophie communautaire ». Pouvez-vous élaborer?

Dr Thiessen : « Cette école ne sera pas entourée d’une douve. Elle possède une valeur ou une philosophie inhérente sans contredit inspirée par ses débuts et le rôle joué par les gens de Kitchener. Fondamentalement, qu’il soit question de recherche, d’innovation ou de nos étudiants, nous travaillerons de concert avec les gens, avec l’industrie, avec les systèmes et les gouvernements. Pour illustrer mon argument, nous intégrons un cours de Services à la communauté dans notre programme pour aider nos étudiants à percevoir le monde réel, à faire l’expérience des traumatismes et des difficultés auxquels les gens font face dans la communauté. En Europe, il existe un programme où les étudiants sont regroupés en équipe et envoyés dans divers endroits comme des établissements carcéraux, des maisons de transition, pour y vérifier la qualité de la nourriture, les soins accordés aux prisonniers, etc. Nous tenons à ce que le service communautaire fasse partie intégrante de notre programme. Ce qui fait battre le cœur de la communauté fera également battre le cœur de l’école. La communauté est l’essence même de cet endroit. »

Beaucoup d’universitaires lèvent le nez sur le milieu des « affaires ». Ce n’est pas votre perception, n’est-ce pas?

Dr Thiessen : « Regardez… l’Université de Waterloo a été fondée par des entrepreneurs, par des gens d’affaires. C’est un des rares endroits où les découvertes demeurent la propriété des chercheurs, l’université n’y a aucun droit. L’Université de Waterloo est heureuse lorsque les gens peuvent appliquer le fruit de leurs découvertes pour faire des affaires. Donc, lorsque j’engage des professeurs, ils savent que nous allons les aider à aller de l’avant et à commercialiser leurs découvertes. Faire des affaires fait partie de nous. En termes pratiques, cela inclut la pharmacie comme entreprise. »

À suivre à la troisième partie...

Retour